Candidats à la Présidentielle : n’oubliez pas les victimes d’attentats, retrouvez ma tribune


Mesdames et Messieurs les candidats, la République devra continuer à aider et soutenir les victimes du terrorisme

À moins de quarante jours du premier tour, l’élection présidentielle est polluée par les multiples rebondissements des affaires pénales d’une partie des candidats, et le débat public est hors sujet.

Hors sujet par rapport aux événements majeurs que la France a vécu tout au long de ce quinquennat. Hors sujet par rapport à cette menace constante et à la tendance au repli identitaire qui l’accompagne, deux phénomènes qui minent aujourd’hui notre société républicaine. Depuis 2012, et les attentats de Toulouse et de Montauban survenus entre les 11 et 19 mars, ce sont près de 6000 personnes qui ont éprouvé, dans leur chair, dans leur âme, au plus profond de leur être, la violence et la souffrance aiguë du terrorisme djihadiste. Aujourd’hui encore, nous avons vécu, en quelques heures, angoisse et sidération. En apprenant l’explosion d’un colis piégé au siège parisien du FMI; en apprenant la fusillade qui a éclaté en plein cœur d’un lycée, à Grasse. La campagne présidentielle aurait dû commencer par ce sujet-là: pour au moins deux raisons.
La première, essentielle, parce que nous avons le devoir d’honorer la mémoire de nos morts et de soutenir les vivants, rescapés pour la plupart d’entre eux. La seconde, et non des moindres, parce que ces attentats sont un fait majeur pour notre pays. Ils nous ont tous durablement et profondément marqués. Non, la vie ne sera plus jamais comme avant. Nous ne prenons plus les transports en commun comme avant, nous n’allons plus dans les grands magasins, au cinéma ou dans les lieux publics sans avoir au fond de nous, intériorisé le risque. Une sorte de crainte, latente, permanente, s’est désormais installée.
Si les responsables politiques ne peuvent « conjurer la peur », ils doivent, au moins, montrer le chemin du « bon gouvernement » pour un pays en paix, libre, tolérant et fraternel. Oui, l’État doit tout à ceux qu’il n’a pas pu protéger: il doit être présent, fort, bienveillant et protecteur pour épauler les victimes de terrorisme; il doit agir dans la durée, pas seulement dans les jours qui suivent l’attentat et sous pression médiatique; il doit veiller à dispenser des soins physiques et psychiques de qualité et gratuits; il doit fournir un accompagnement social individualisé, garantir une réparation financière qui couvre l’intégralité du préjudice et, témoigner ainsi de la reconnaissance officielle de la Nation. Il s’agit bien là du service public de l’aide aux victimes que j’ai mis en place en un an, depuis mon entrée au gouvernement le 12 février 2016.
Nous avons créé un guichet unique de l’aide aux victimes (numérique et physique) installé sur tout le territoire, des lieux d’accueil, d’écoute et de suivi des victimes. Conçu, élaboré et installé la première administration interministérielle de l’aide aux victimes: le Secrétariat général à l’aide aux victimes. Initié la première Conférence internationale de l’aide aux victimes, (CIVIC), qui, le 9 janvier 2017 à permis à 30 pays de se mobiliser pour améliorer leur propre système et développer la coopération internationale en ce domaine. J’ai lancé enfin une initiative inédite avec nos partenaires européens avec la première feuille de route pour l’aide aux victimes de terrorisme signée le 10 mars dernier, lors de la Journée européenne de l’aide aux victimes: 8 pays européens, dont l’Espagne, l’Italie et la Belgique, s’engagent pour mieux indemniser, soigner, épauler, protéger les victimes de terrorisme, en particulier les enfants.

Au-delà de ces exemples, l’aide aux victimes ainsi mise en œuvre témoigne d’une nouvelle conception du rôle de la puissance publique qui doit, avant tout, créer du lien et de la cohésion entre ses citoyens, sans distinction de nationalité puisque la République traite aussi bien ses propres ressortissants que les étrangers victimes d’attentats en France. Notre pays a ainsi apporté la démonstration au monde entier, de la complétude de ses dispositifs d’aide aux victimes. C’est un motif de fierté qui nous oblige. Mais il reste beaucoup à faire.

Le prochain président de la République ne pourra pas faire disparaître le travail ainsi entrepris: les victimes et les associations de victimes ont besoin d’un interlocuteur pour continuer à installer le service public de l’aide aux victimes. Il faudra, par exemple, installer le centre national de la résilience et ses centres territoriaux, en renforçant la formation aux psycho-traumatismes, en mobilisant les pédopsychiatres, garantir une indemnisation juste et transparente pour toutes les victimes, notamment en développant l’accès à l’aide juridictionnelle et en créant un juge de l’indemnisation des victimes d’actes terroristes.

Il faudra, aussi, construire une vision pour une société de la prévention du risque à travers la reconnaissance et l’accompagnement des aidants, ainsi que la généralisation de la formation aux « gestes qui sauvent » et aux « mots qui sauvent ». Il faudra, ensuite, amplifier le service public de l’aide aux victimes, en l’élargissant à toutes les victimes de catastrophes, naturelles ou intentionnelles partout sur le territoire. Enfin, un centre européen des victimes devra aussi voir le jour, pour que leur mémoire et leur histoire ne soient jamais oubliées et pour éviter que cette souffrance n’ait été vaine.

Porter et incarner politiquement l’aide aux victimes c’est un hommage aux disparus, mais c’est aussi un acte de solidarité pour les rescapés à qui l’espoir doit être rendu, c’est un moyen de lutter contre la crise de confiance qui affecte les pouvoirs publics et nourrit la défiance démocratique.

En faisant la démonstration de sa capacité à aimer, à épauler, à aider, l’État peut restaurer une partie de ce lien de confiance qui s’est hélas brisé ces dernières années. On mesure le degré de maturité d’une société à la manière dont elle prend soin de ses victimes. Je m’inquiète donc de voir qu’aucun candidat à l’élection présidentielle ne s’en soit encore saisi. Il n’est pas trop tard.

Juliette Méadel, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’aide aux victimes

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